La réponse va vous surprendre : quelle langue devance l’anglais en France ?

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Oubliez vos certitudes sur le fameux « anglais, deuxième langue de France » : la réalité linguistique frappe là où on ne l’attend pas ! Savez-vous quelle langue, parlée par des millions de personnes, devance largement Shakespeare et coiffe au poteau toute la concurrence (hors français, évidemment) sur le territoire hexagonal ? La réponse va effectivement vous surprendre… Focus sur une France bien plus polyglotte et colorée qu’on ne le pense !

Le mythe du monolinguisme français

Bien sûr, « La langue de la République, c’est le français », gravé noir sur blanc dans la Constitution depuis 1992, et des générations entières ont pu croire qu’il suffisait de cette phrase pour résumer le paysage linguistique français. Sauf que, comme le souligne Xavier North, ancien délégué général à la langue française et aux langues de France, la situation est loin d’être aussi figée : même sous la bannière du monolinguisme officiel, le terrain reste bigrement mouvant, animé par une extraordinaire diversité. Alors que la majorité des pays n’imposent pas une seule langue officielle, ou jonglent facilement avec plusieurs (coucou le Canada ou la Belgique !), la France cultive, parfois discrètement, un véritable jardin linguistique.

Aux origines des « langues de France »

Que reste-t-il alors dans ce jardin ? Beaucoup plus que vous ne croyez. Les 72 langues régionales, notamment, perdurent bon an mal an, mémoire vivante d’un passé et d’identités multiples. Mais depuis 1999, les dites « langues de France » réunissent deux fleurons :

  • Les langues régionales, enracinées dans leurs terroirs
  • Les langues non-territoriales, dont vous ignorez peut-être la liste précise !

Et là, surprise totale : l’arabe dialectal (et pas l’arabe littéral, attention à la nuance !), coiffe toutes les autres langues, juste après le français. Avec ses trois à quatre millions de locuteurs, il devance le créole, le berbère, l’alsacien, l’occitan, le breton, les langues d’oïl, le francique, le corse et même le basque. L’INED, relayé par Le Livre d’une langue récemment publié pour l’inauguration de la Cité de la langue française à Villers-Cotterêts, ne laisse planer aucun doute : l’arabe dialectal est, numériquement, LA deuxième grande langue de France.

Mais c’est quoi, au juste, « l’arabe dialectal » ?

L’arabe dialectal, c’est la langue vivante de millions de personnes en France, mais qui n’a pas le statut de langue officielle, ni ici ni ailleurs. Et pour cause : à la différence de l’arabe littéral (ou classique), langue de l’écrit et des textes sacrés, l’arabe dialectal vit essentiellement à l’oral, se décline en une myriade de variantes… qui ne se comprennent pas toujours entre elles. On raconte même (merci Jean Sellier !) que la distance linguistique qui sépare le dialecte marocain de celui de la péninsule Arabique équivaut à celle entre le portugais et le roumain. Pas franchement du gâteau !

En France, ce sont majoritairement les variétés maghrébines qui sont parlées, parfois aussi les versions libanaise, égyptienne, syrienne… Mais même au sein du Maghreb, pas question de tout mettre dans le même sac, comme le rappelle Alexandrine Barontini, professeur d’arabe marocain à l’Inalco : il n’existe pas « un » arabe maghrébin. Et pour la petite histoire, difficile aussi de parler d’un « arabe français » homogène : la diversité règne, et la langue n’est pas codifiée.

Une langue « d’accueil » aux contours mouvants

Mais pourquoi l’arabe dialectal se retrouve-t-il parmi ces fameuses langues de France ? C’est que la notion, comme le note Xavier North, est un peu arbitraire, sans statut légal strict. Deux critères priment : être parlé sur le territoire par des citoyens français « depuis assez longtemps pour faire partie du patrimoine culturel national » (selon le ministère de la Culture), ET ne pas avoir le statut de langue officielle dans un autre pays. Voilà pourquoi Bernard Cerquiglini, chargé de dresser la liste officielle à l’époque, a inclus toutes les formes d’arabe dialectal mais exclu l’arabe littéral.

L’arabe dialectal rassemble désormais plus de locuteurs que toutes les langues régionales confondues ! Pourtant, évaluer précisément le nombre de personnes qui le pratiquent reste un casse-tête : on se base sur la langue maternelle, mais être « d’origine » ne signifie pas toujours parler la langue. Selon Xavier North, « un Français d’origine algérienne peut vous répondre que l’arabe est sa langue maternelle alors même qu’il n’en parle pas un mot ».

  • L’arabe dialectal figure donc dans la liste officielle des langues non-territoriales aux côtés du berbère, du yiddish, du romani, de l’arménien occidental, du judéo-espagnol et de la langue des signes.
  • Les langues d’immigration trop récente, elles, n’entrent pas dans cette catégorie.

En bref ? À l’heure où les débats sur l’identité et la langue font rage, la France démontre qu’aucune identité n’est figée, que chaque parole prononcée tisse, jour après jour, un tissu linguistique plus riche qu’on ne voudrait le croire. Et si on célébrait enfin cette diversité au lieu de vouloir, à tout prix, entrer dans les cases ? Voilà une piste qui donnerait raison à la meilleure surprise de la linguistique française !